samedi 21 avril 2018

Banlieue alternative

Bonsoir, aujourd'hui retour à notre époque tourmentée et plus particulièrement à la région parisienne avec une sympathique bande-dessinée, La petite couronne de Gilles Rochier parue en septembre 2017. Une chronique bienveillante et désenchantée du quotidien en banlieue loin des lieux communs du sensationnalisme journalistique.
La petite couronne, trois départements de banlieues désargentées loin des ors de Paris dont les habitants, tout à la gestion des difficultés de leur vie, tentent de se ménager des petits moments de détente et de palabres. On suit deux quadragénaires, pères de famille, dans une succession de saynètes du quotidien. Entre les petites combines pour pallier le chômage, les astuces pour profiter des promotions au supermarché, les enfants qu'il faut amener à l'école et à leurs diverses activités, sans parler du plan mis en place pour court-circuiter le business du dealer fermement installé dans le hall de la résidence, il reste tout de même un peu de temps pour se poser sur un banc, histoire de souffler un peu et discuter à bâton rompu, refaire le monde, se recréer des alternatives. Le ton demeure léger malgré l'évocation de sujets durs comme les attentats de Charlie Hebdo, la précarité ou les violences policières. Les personnages, un peu étonnés de se retrouver loin des frasques de leur jeunesse, semblent s'être résignés à une maturité sinon apaisée du moins paisible. Le dessin nerveux et précis, en bichromie de jaune et d'ocre, alterne petites cases et vues panoramiques des cités comme une caméra suivant les pérégrinations des protagonistes. Une chronique sociétale douce amère à découvrir pour tous les publics dès le collège.
Terminons par un petit hymne fraternel, à très bientôt !

mercredi 4 avril 2018

Sororité médiévale

Bonsoir, aujourd'hui dirigeons nos pas vers le Moyen-Âge à la rencontre d'une communauté méconnue, les béguines, à travers le roman La nuit des béguines d'Aline Kiner, publié en août 2017. Ces femmes au statut particulier, mi-religieux mi-laïc, généralement veuves ou célibataires, appartenaient à des communautés régies par certaines règles monastiques sans pour autant avoir prononcé de vœux perpétuels.
Le récit s'ouvre sur une exécution, celle de Marguerite Porete, béguine poétesse et mystique brûlée pour ses écrits jugés hérétiques, notamment son livre Le miroir des âmes simples. Nous sommes en 1310, le béguinage royal, fondé par Saint-Louis, situé à Paris dans l'actuel quartier du Marais, s'apprête à vivre des heures sombres. Philippe le Bel, à la tête d'un royaume en mauvais état, est entré en conflit avec la papauté et divers ordres, comme celui des Templiers qui seront traqués et exterminés sans merci. Les béguines, en dépit de la protection traditionnelle du pouvoir royal, voient leur statut et leur indépendance de plus en plus menacés. On s'attache durant ces années de déclin à plusieurs de ces femmes malmenées au sein d'une époque tourmentée, Ysabel, l'une des doyennes, herboriste responsable de l'hôpital et des jardins du cloître, Ade, belle lettrée aspirant à l'isolement depuis son veuvage précoce, et Maheut la Rousse, adolescente de la noblesse enceinte et fuyant un mariage forcé. C'est un frère franciscain, chargé de retrouvé la jeune fille, qui transmettra au béguinage un manuscrit qui fera basculer leur destin à toutes. Ce beau roman est une restitution parfaitement réussie d'une époque, le Paris médiéval, son atmosphère étouffante et foisonnante, ses habitants, humbles et puissants, revivent avec une précision dépourvue de lourdeur didactique sous la plume érudite et sensuelle de l'autrice. On regrette de ne pas pouvoir suivre plus longtemps les péripéties des personnages qui s'achèvent de manière assez brutale. Une lecture passionnante conseillée à tous les publics dès le lycée.
Terminons par une lecture musicale du "Dit des béguines" de Rutebœuf, à bientôt !

mardi 20 mars 2018

Légende d'archipel

Bonsoir, retour à la littérature jeunesse avec un livre-CD, Kanjil et le roi des tigres, paru en 2016. Il s'agit d'un conte indonésien traditionnel raconté et illustré par Béatrice Tanaka - autrice jeunesse cosmopolite passionnée par les mythes et légendes du monde - qui fut publié pour la première fois en 1986 sous le titre Kantjil et la guerre des tigres.
L'histoire débute sur l'île de Java où règnent les tigres. Les fauves avaient si bien chassé qu'il ne restait guère de proies sur leur territoire. Face à la menace d'une famine, leur roi, le plus grand et gros des tigres pris la décision d'envoyer un émissaire en ambassade pour réclamer un impôt de chair fraîche aux habitants des îles voisines. En guise de menace, le monarque confia à son envoyé un poil de son imposante moustache pour témoigner de sa puissance. L’ambassadeur vogua ainsi vers la fertile Bornéo où il rencontra Kanjil, le cerf-nain. Le tigre lui commanda aussitôt de le mener à son roi. L'île de Bornéo ne possédant pas de souverain attitré, le rusé Kanjil dut inventer un stratagème pour faire croire à l'existence d'un monarque terrifiant et chasser la menace des tigres de son petit paradis. Je conseille cette charmante légende, très populaire dans tout l'archipel de l'Indonésie, ici contée d'un ton humoristique prenant et servie par des images aussi foisonnantes que colorées, à tous les publics dès la fin de la maternelle. Un récit à lire ou écouter selon vos envies.
Terminons par la belle voix d'une chanteuse franco-indonésienne, à bientôt !

lundi 5 mars 2018

Thriller ésotérique

Bonsoir, je ne parle pas souvent de thriller dans mes critiques, ce genre étant trop répétitif à mon goût. Pour me rattraper, nous parlerons aujourd'hui de Code Victoria, un roman paru en juin 2017, signé Thomas Laurent, jeune auteur également archéologue.
Le récit s'ouvre sur une disparition, celle d'un jeune journaliste parti enquêter à Rochehauh, modeste village médiéval de haute montagne. Décès accidentel selon les autorités habituées aux sinistres, fréquents dans cette région inaccessible des Pyrénées. Sa compagne, Victoria, refuse pourtant de croire à sa mort, et gagne à son tour le hameau dans l'espoir de retrouver sa trace. Très vite, la jeune femme se heurte tant à l'hostilité des villageois, qui semblent vivre en quasi autarcie depuis la Seconde guerre mondiale, qu'à une cascade de mystères. Son enquête s'articule à la découverte d'un énigmatique manuscrit crypté qui, selon les légendes locales, décrirait le cœur de Rochehauh, un labyrinthe où un ordre monastique aurait jadis enfermé le diable en personne. Quel secret renferment réellement les vieilles pierres, et quel lien unit Victoria à Rochehauh, elle qui fut abandonnée dans sa petite enfance sans autre héritage que son prénom ? Ce livre est une sorte de version romancée d'un film d'Indiana Jones, une intrigue palpitante menée tambour battant, des références pointues en matière de vestiges et cryptage des manuscrits anciens, notamment celui de Voynich, des personnages dépourvus d'épaisseur psychologique et un final grand-guignolesque à souhait. Un thriller ésotérique que je conseille à tous les amateurs d'énigmes et d'action.
Terminons par un épisode de l'excellente série "History's Creed", sur le traitement de l'histoire dans les jeux vidéo, à bientôt !