lundi 30 octobre 2017

Odyssée narbonnaise

Bonjour, aujourd'hui, retour à la littérature jeunesse avec le Journal de Livia, fille de Sextius de Frédérique Banzet. L'autrice, habitante d'Aix-en-Provence que j'ai eu la chance de rencontrer - elle faisait ses recherches dans la bibliothèque où j'ai travaillé - a imaginé les aventures d'une petite fille romaine, fille du général fondateur de la cité d'Aquae Sextiae au second siècle avant notre ère. Le premier tome de ce journal fictif Le grand départ pour Massalia est paru en 2012, les deux suivants en 2014 et 2016.
 
Rome, 123 avant J.C. Livia, onze ans, mène une vie paisible, veillée par sa nourrice. Curieuse et instruite, elle rêve d'aventures et d'échapper au destin ordinaire des jeunes filles de bonnes familles, mariage et devoirs domestiques. Aussi est-elle ravie lorsque son père, le général Sextius, tout juste vainqueur de la bataille d'Entremont contre les Gaulois Salyens, lui propose de le rejoindre à Massalia aux portes de la Gaule où vivent également son grand-père, la seconde épouse carthaginoise de ce dernier et leurs enfants. Sextius compte bâtir une nouvelle cité sur ce territoire nouvellement conquis, célébrant ses sources thermales régénératrices. Au cours de son périple qui l'emmènera bien plus loin que prévu, Livia se découvre des talents de guérisseuse et replonge dans les transes porteuses de visions qu'elle subit depuis des années, les mêmes que celles qui s'emparaient de sa mère, une jeune esclave gauloise ayant fuit la servitude en laissant sa fille derrière elle longtemps auparavant. Ce récit prenant, rythmé et très bien documenté promène le lecteur dans le monde méconnu des Gaulois du Midi. On assiste aux prémisses de la conquête romaine et à la création de la province de Narbonnaise par les yeux d'une petite patricienne ballotée par les évènements que la terre de ses ancêtres révèle Panoramix en herbe. En dépit de quelques facilités scénaristiques, il s'agit d'excellents romans que je conseille à tous les publics dès le collège, en particulier aux amateurs d'Histoire et d'archéologie.
 Terminons par une sympathique vidéo sur la véritable histoire des druides, à bientôt !

jeudi 12 octobre 2017

Chasseur d'âme

Bonsoir, aujourd'hui direction la Corse pour un voyage dans l'imaginaire onirique ancestral de nos compatriotes insulaires. Nous parlerons d'inconscient et de prémonitions par le biais d'un somptueux roman graphique, Mazzeru, de Jules Stromboni, paru en mars 2017. Une histoire étonnante inspirée de très anciennes légendes chamaniques de l'Île de Beauté.
Le Mazzeru est un messager funeste, il est celle ou celui qui part en chasse dans ses rêves et en ramène une prédiction, l'animal qu'il a tué lui révèlera le visage d'une personne de son entourage qui mourra dans l'année. L'ouvrage débute à une époque incertaine dans un petit village corse perdu dans la montagne, deux adolescents y grandissent au rythme des activités saisonnières de leur communauté. Cesario, gamin rêveur, fantasme d'échapper à sa vie monotone de berger pour devenir bandit de grand chemin, Chilina, de prime abord jeune fille rangée, fuit la violence de son père pour mener une existence sauvage dans le maquis. D'étranges rêves de battue envahissent peu à peu le sommeil de Cesario tandis que des morts suspectes se produisent aux abords du village. Quel lien unit les deux jeunes gens désormais marginaux, et quel avenir espérer lorsqu'on vit traqué ou considéré avec une crainte superstitieuse comme annonciateur du trépas ? Cette bande-dessinée, quasiment muette à l'exception de quelques encarts de texte où s'expriment les voix intérieures des protagonistes, est une merveille. Tant du point de vue du récit, entre description naturaliste de la vie paysanne et conte fantastique tragique, que du graphisme en noir et blanc, les planches étant réalisées avec une certaine technique de gravure qui donne profondeur et vivacité au dessin. Un album hautement recommandable à tous les publics dès la fin du collège.
Terminons par une petite mélopée pop a capella, à bientôt !

mardi 26 septembre 2017

Voltapunk

Bonsoir, aujourd'hui, détour vers un genre dont j'ai peu parlé jusqu'ici le steampunk ou dans le cas présent le voltapunk puisque nous allons évoquer un univers fictionnel retro-futuriste réglementé par l'énergie électrique. L'Empire électrique de Victor Fleury recueil de six novellas paru en février 2017, explore les affres d'une société uchronique à travers un subtil jeu d'intertextualité.
Dans cet univers, les armées de Napoléon n'ont jamais été vaincues et l'empire français est, en cette fin de dix-neuvième siècle, l'une des puissances mondiales dominantes. L'apport de la technologie voltaïque a révolutionné la société. Lyon, capitale rayonnante de la dynastie des Bonaparte est désormais la ville-phare de toute l'Europe. Quelques personnalités et groupuscules se révoltent pourtant contre l'absolutisme du pouvoir en place. Un certain Sherlock Holmes est devenu agent secret au service de la couronne britannique, Cosette et Gavroche Thénardier, deux vieux renégats déportés en Australie, tentent de s'évader d'un bagne, le docteur Marc Frankenstein, jeune médecin de la noblesse, doit faire face aux conséquences inattendues des expériences de son aïeul, sans parler des frasques du capitaine Nemo qui hante toujours les mers, croisant dans son sillage de monstrueux cétacés et de mystérieuses cités disparues... On découvre ainsi toute une galerie de personnages de la littérature classique réemployés dans des récits très différents de ceux qui les ont fait connaître, tout en respectant leur caractère de base. L'auteur s'amuse avec les connaissances de son lecteur tout en créant un univers cohérent et des intrigues aux multiples rebondissements, en rappel des feuilletons prisés de la Belle Époque. Je recommande vivement cet ouvrage à tous les amateurs du genre et aux littéraires dès le lycée.
 Terminons par un morceau d'un groupe de rock développant l'esthétique 
steampunk, à bientôt !

lundi 4 septembre 2017

Apprentissage

Bonsoir, pour fêter la rentrée, en espérant que vous avez tou-te-s passé un excellent été, revenons à nos critiques littéraires par un retour à la littérature jeunesse et ses beauté peu connues des publics adultes. Tout autour d'Ilya Green, superbe album paru en novembre 2016, est un conte initiatique autobiographique décrivant tout en finesse l'éveil au monde de l'enfance, le deuil et la renaissance qui s'en suit.
Les premières pages présentent l'univers tendre et aimant d'une petite fille nouvelle-née. L'héroïne grandit dans l'insouciance auprès de sa mère au sein d'une nature généreuse, foisonnante d'animaux qu'elle découvre un peu plus chaque jour. Par malheur, la mère, atteinte d'un mal incurable, est un jour avalée par la terre qui la restitue sous la forme d'un arbre, désormais séparée de son enfant.
Dévastée par le chagrin, la petite fille prend la décision de partir à la découverte de nouveaux horizons. Prenant un agneau pour compagnon de voyage, elle naviguera jusqu'à aborder de nouvelles terres, rencontrer d'autres enfants à qui elle racontera son histoire à l'aide de signes et d'illustrations. Le parcours de l'enfant est illustré par un mélange de dessins et de collages, de couleurs vives et sombres qui traduisent les différentes tonalités émotionnelles du récit et l'état mental de la protagoniste. Ayant fait l'apprentissage du deuil et du voyage, elle n'est plus un tout petit être se pensant comme le centre du monde mais une grande fille qui, face à sa perte, a dû se confronter à l'inconnu de l'espace tout autour un peu plus tôt que les autres. Je conseille ce très bel ouvrage à tous les publics dès la fin de la maternelle, ses différents niveaux de lecture et la beauté des images pouvant charmer petits et grands.
 Terminons avec une chanson puissante et mélancolique d'Anne Sylvestre, à bientôt !