mercredi 17 janvier 2018

Pays ocre

Bonsoir, entamons notre série de critiques de l'année 2018 par un album jeunesse pour petits et grands baroudeurs sensibles, Ciels rouge, sur la route de la soie, réalisé par Isabelle Simler et paru en avril 2017.
L'ouvrage se présente comme le récit de voyage d'une jeune entomologiste, partie en expédition dans la province du Xinjiang au nord-ouest de la Chine. Petite, elle se rêvait princesse papillon, comme la souveraine de légende qui révéla au monde l'existence des cocons de soie. L'itinéraire de la narratrice suit la mythique route de la soie, serpentant à travers divers paysages de plaines et de montagnes, souvent caractérisés par des couleurs très vives, vert profond des forêt, blanc lumineux des fleurs de coton et des cocons de soie, terres et ciels rougeoyants.
Le carnet alterne des doubles-pages panoramiques avec des feuilles annotées plus didactiques et détaillés décrivant les modes de vie des humains et animaux, qu'ils soient croqués sur le vif sur des places de marché animées, au sein de cités de pierres et de tôle goudronnées ou de villages de yourtes. Le trait délicat et empathique de l'autrice - dont on peut admirer ici les photos de voyage et les autres travaux - restitue à merveille l'ambiance et le dynamisme de son périple, les couleurs faisant la part belle aux rouges et ocres. Un album que je conseille à tous les publics dès le début de la primaire.
Terminons par un morceau traditionnel ouïghour, à bientôt !

lundi 1 janvier 2018

2018

Bonjour, pour fêter la nouvelle année, et vous transmettre mes meilleurs vœux de bonheur, paix et prospérité à tou-te-s, pas de grand discours, juste un peu de poésie toute simple.
Ouvrons donc 2018 par cette petite ronde des mois de Louis Guillaume (1907-1971), enseignant, écrivain et poète. L'illustration est une photographie du Janus de Roquepertuse, une représentation celte du dieu au double visage, gardien des portes, associé au nouvel an.

La source

Tout au long de l’année
Me parle cette source
En janvier enneigée,
En février gelée,
En mars encore boueuse,
En avril chuchotante,
En mai garnie de fleurs,
En juin toute tiédeur,
En juillet endormie,
En août presque tarie,
En septembre chantante,
En octobre dorée,
En novembre frileuse,
En décembre glacée.
C’est toi, petite source,
Le cœur de la forêt !

Une vidéo pour conclure sur une soirée du nouvel an particulière, à bientôt !

vendredi 8 décembre 2017

Standing

Bonjour, cet après-midi retour au vingtième siècle avec la présentation d'une des œuvres les plus célèbres de Kazuo Ishiguro, écrivain britannique d'origine japonaise, lauréat 2017 du prix Nobel de littérature. Les vestiges du jour/The remains of the day, paru en Angleterre en 1989, décrit l'univers feutré des grandes demeures de l'aristocratie anglaise durant l'entre-deux-guerres. 
Le récit débute au milieu des années cinquante, Stevens, le narrateur, majordome vieillissant a voué toute son existence à sa profession. Depuis trois ans au service d'un riche américain, nouveau propriétaire du manoir de son ancien maître, le défunt Lord Darlington, il part pour quelques jours de vacances à travers la campagne anglaise. Délaissant exceptionnellement ses tâches, il espère pouvoir rendre visite à Miss Kenton, l'ancienne intendante de Darlington Hall qui a quitté sa fonction, deux décennies auparavant, pour se marier. Ces six journées de voyage sont l'occasion pour lui de se remémorer son passé, faire le point sur ses choix et le sens de sa mission. Derrière le phrasé policé et le masque du domestique modèle, d'une loyauté sans faille et fier d'avoir mis ses compétences au service des membres de l'élite britannique, se  cache une personnalité beaucoup plus timorée et chancelante, qui par un mélange d'idéalisme et de lâcheté a suivi aveuglément les vues de ses maîtres tout en passant à côté de sa propre vie. Au fil du récit se dévoilent ainsi le naufrage de Lord Darlington, qui finit ses jours dans l’opprobre pour ses sympathies nazies, et l'amour avorté de Stevens et Miss Kenton. Il en résulte un roman aussi étonnant qu'émouvant sur le non-dit à l'écriture envoûtante, difficile à aborder, où l'émotion affleure sans cesse sous l'imperturbable standing du narrateur. Une lecture conseillée à tous les publics amateurs d'intrigues psychologiques à partir du lycée.
Terminons par un morceau de smooth jazz, à bientôt !

mardi 21 novembre 2017

Encyclopédie amazone

Bonsoir, aujourd'hui survol d'un sujet qui a alimenté de nombreux récits depuis l'âge de bronze. La volumineuse étude de l'historienne américaine Adrienne Mayor : Les Amazones. Quand les femmes étaient les égales des hommes (VIIIe siècle av. J.-C. – Ier siècle apr. J.-C.)/The Amazons. Lives and Legends of Warrior Women Across the Ancient World parue en France en septembre 2017, s'attache à décortiquer la réalité historique derrière le mythe d'un peuple de femmes combattantes.
Selon les traditions et légendes gréco-romaines, les Amazones constituaient une ethnie de femmes, cavalières et guerrières émérites, venues d'une mystérieuse contrée à l'est de l'Europe. Elles se coupaient un sein pour mieux tirer à l'arc, ne fréquentaient les hommes qu'en vue de se reproduire et tuaient leurs fils. Derrière ces fantasmes se cache la réalité d'une mosaïque de clans nomades ou semi-nomades habitant du nord des Balkans aux marges occidentales de la Chine. En dépit de leurs différences ethniques et linguistiques, ces tribus étaient toutes caractérisées par une assez grande égalité entre les sexes. Les fouilles les plus récentes le confirment, le mode de vie itinérant ne permettant pas de confiner épouses et filles au gynécée comme le faisaient les Grecs, les femmes de ces peuplades apprenaient dès l'enfance à monter à cheval, chasser et combattre comme les garçons, et pouvaient accéder à des fonctions de commandements. A partir de ces données archéologiques et de nombreuses autres sources historiques et littéraires, l'autrice rédige une véritable encyclopédie des Amazones, faisant revivre Penthésilée qui assiégea les murailles de Troie, Thalestris l'amante d'Alexandre le Grand, la générale Fu Hao et toutes leurs sœurs illustres ou inconnues. On peut reprocher à l'historienne, séduite par son sujet éminemment romanesque, un certain manque de rigueur, mais cela reste une lecture instructive et très agréable pour tous les amateurs d'histoire de l'antiquité dès le lycée.
Combat des Amazones et d'Héraclès, vase attique du VIe s. av. J.C.
Terminons par un chant interprété par de modernes Amazones, à bientôt !