mercredi 4 avril 2018

Sororité médiévale

Bonsoir, aujourd'hui dirigeons nos pas vers le Moyen-Âge à la rencontre d'une communauté méconnue, les béguines, à travers le roman La nuit des béguines d'Aline Kiner, publié en août 2017. Ces femmes au statut particulier, mi-religieux mi-laïc, généralement veuves ou célibataires, appartenaient à des communautés régies par certaines règles monastiques sans pour autant avoir prononcé de vœux perpétuels.
Le récit s'ouvre sur une exécution, celle de Marguerite Porete, béguine poétesse et mystique brûlée pour ses écrits jugés hérétiques, notamment son livre Le miroir des âmes simples. Nous sommes en 1310, le béguinage royal, fondé par Saint-Louis, situé à Paris dans l'actuel quartier du Marais, s'apprête à vivre des heures sombres. Philippe le Bel, à la tête d'un royaume en mauvais état, est entré en conflit avec la papauté et divers ordres, comme celui des Templiers qui seront traqués et exterminés sans merci. Les béguines, en dépit de la protection traditionnelle du pouvoir royal, voient leur statut et leur indépendance de plus en plus menacés. On s'attache durant ces années de déclin à plusieurs de ces femmes malmenées au sein d'une époque tourmentée, Ysabel, l'une des doyennes, herboriste responsable de l'hôpital et des jardins du cloître, Ade, belle lettrée aspirant à l'isolement depuis son veuvage précoce, et Maheut la Rousse, adolescente de la noblesse enceinte et fuyant un mariage forcé. C'est un frère franciscain, chargé de retrouvé la jeune fille, qui transmettra au béguinage un manuscrit qui fera basculer leur destin à toutes. Ce beau roman est une restitution parfaitement réussie d'une époque, le Paris médiéval, son atmosphère étouffante et foisonnante, ses habitants, humbles et puissants, revivent avec une précision dépourvue de lourdeur didactique sous la plume érudite et sensuelle de l'autrice. On regrette de ne pas pouvoir suivre plus longtemps les péripéties des personnages qui s'achèvent de manière assez brutale. Une lecture passionnante conseillée à tous les publics dès le lycée.
Terminons par une lecture musicale du "Dit des béguines" de Rutebœuf, à bientôt !

5 commentaires:

  1. Encore un qui ne devait pas supporter que des femmes s'émancipent d'une tutelle masculine ce Ruteboeuf...Aujourd'hui il y a ds religieuses catholiques qui ont un régime qui reqssemble peut-être à celui des béguines. Elles vivent à trois ou quatre, voire même seules, dans un appartement en ville et rien dans leur apparence n'indique leur qualité de religieuse,elles n'ont pas nécessairement les cheveux courts, certaines les gardent en chignon.Elles n'ont pas non plus une tenue vestimentaire un peu décalée. Seuls un anneau semblable à un anneau de mariage et une petite croix discrète dénotent leur état dont elles ne parlent jamais!!Elles n'ont pas de supérieure non plus.Je ne sais de quel ordre il s'agit.D'après celle que je connais (nous jouons de la flûte à bec dans un groupe du 3ème âge!)ce sont plutôt des intellectuelles il me semble.

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  2. Ça a l'air très intéressant et je ne connaissais pas les Béguines !

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    1. C'est un très beau livre, il se lit sans effort bien qu'il soit très richement documenté

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  3. Précision sur mon précédent message, pour ceux que cela intéresserait, au sujet des religieuses dont je vous parlais.C'est un tiers-ordre qui comporte également la confrérie du Coeur de Marie fondée à Beaune en 1648 par saint Jean Eudes pour des prêtres ou des laïcs, mariés ou non, et la confrérie du coeur de Jésus et de Marie fondée en 1672 (Bulle de Clément X en 1674)société appartenant au Tiers-Ordre de la congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes. Société fondée vers 1659 pour des femmes non mariées, voulant demeurer dans le monde tout en restant chastes et en pratiquant de nombreux actes de piété.Au XIXe siècle plusieurs fondatrices de congrégations furent d'abord membres de la Société, comme Jeanne Jugan (fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres)née pas loin d'Angers.

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