lundi 12 janvier 2015

Mondialisation et individus

Bonsoir, actualité chargée ces derniers temps, j'ai manifesté à Lyon ce dimanche en hommage aux dix-sept victimes des exécutions et prises d'otages terroristes perpétrées du 7 au 9 janvier. Que faire d'autre qu'apporter son soutien à leurs proches, et espérer que Charlie Hebdo et la liberté de la presse se relèveront de cette épreuve, même si je n'étais par ailleurs pas fan de ce journal.
J'ai conscience que ce n'est pas grand chose, les individus ont peu de pouvoir d'action sur l'amélioration notable de la situation politique nationale et internationale, il est en revanche toujours possible à tout un chacun de contribuer à redonner du sens aux évènements, à son modeste niveau.
Après cette introduction quelque peu solennelle, nous parlerons de recherche de travail à l'ère de la mondialisation, d'exil, du regard que l'on porte sur les migrants et de celui que posent en retour ces "étrangers" sur les habitants de leur pays d'accueil, car on est toujours l'étranger de quelqu'un ! Debout-payé paru en septembre 2014, est le roman de la destinée des immigrés et de la joie des petits boulots, l'auteur, ivoirien habitant depuis une vingtaine d'années à Paris signe Gauz, un diminutif de son nom de famille.
Ossiri, étudiant ivoirien débarqué à Paris dans les années quatre-vingt-dix, exerce l'humble profession de vigile, il reste debout, jour après jour, à surveiller les allées et venues des clients des boutiques de vêtements ou de parfums où il officie pour recevoir sa paie. Il est "debout-payé" comme on dit dans le jargon des vigiles, engagés et choisis de préférences noirs, baraqués et à l'air peu commode, stéréotypes pratiques pour impressionner le chaland. Ce roman étonnant, caustique et férocement drôle est construit sur une alternance de chapitres décrivant d'une part l'évolution de la communauté ivoirienne parisienne et des relations françafricaines des années soixante à l'après 11 septembre, d'autre part le quotidien d'un vigile aux sens affutés par de longues heures de surveillance des précieuses denrées mises sur le marché et des manigances des chapardeurs professionnels ou amateurs; mais surtout par l'observation impitoyable et quasi-anthropologique de cette humanité consommatrice dans tous ses détails. Les manies, physiques et travers des acheteurs, la musique sirupeuse, les fausses lumières omniprésentes des centres commerciaux, le racisme, les rapports sociaux-politiques visibles et invisibles et quelques autres phénomènes sont décryptés avec humour et sagacité sans épargner personne. Une satyre indispensable à déguster par petites tranches !

Second lecture du jour, plus érudite mais non moins passionnante, Qui gardera nos enfants ? l'étude sociologique de Caroline Ibos parue en 2012. Ce livre, rédigé après trois années d'enquête, ausculte un autre phénomène relatif à la migration du travail, la mondialisation de la garde d'enfants.
Des nourrices noires prenant soin de jeunes enfants blancs, une image d’Épinal venue du passé colonial que l'on retrouve dans des romans tels qu'Autant en emporte le vent ou plus récemment La Couleur des sentiments faisant écho à un nouvel âge de la domesticité. De nos jours, de plus en plus de jeunes couples aisés - l'étude est circonscrite à Paris dans le neuvième arrondissement mais ce phénomène s'observe aussi dans une moindre mesure en province et dans toutes les grandes et riches métropoles mondiales - font garder leur progéniture par des femmes venues de l'étranger. L'auteure a suivit une groupe de femmes, principalement issues de Côte d'Ivoire, ainsi que les couples les ayant embauchées à travers leur quotidien. Quotidien où s'entremêlent soucis de gestion du train-train, difficultés de la vie de migrante, stéréotypes racistes mal digérés, rapports de classes difficiles entre des femmes que tout séparent, les plus aisées se déchargeant des peines de la condition féminine sur les plus pauvres. On exige de la nourrice qu'elle soit une personnalité chaleureuse, aimante et dévouée envers les petits dont elle a la charge mais elle doit se tenir à l'écart du cocon bourgeois qui pourrait être affecté par les maux - pauvreté, situation irrégulière, etc. - dont elle est bien malgré elle porteuse en tant qu'élément à la fois étranger et familier. Une lecture agréable et intelligente que je conseille vivement.
Pour achever vos lectures par quelques instants de grâce, voici des extraits de chorégraphies de la danseuse Soraya Saadi, à bientôt !

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