mardi 2 décembre 2014

Teintes hivernales

Bonjour, en ce début de décembre où le froid et le brouillard pointent le bout de leur nez, voici une note hivernale, poétique et picturale aux couleurs froides du moment. Comment décrire le caractère de la plus énigmatique et inhospitalière des saisons ? Commençons par dévoiler le visage de l'hiver, tel qu'il fut imaginé par le peintre Arcimboldo en 1563.
L'hiver est le temps du sommeil, de la mort de la nature et de la lumière avant la renaissance du printemps. Ce déclin est magnifiquement illustrée par ce poème de Dylan Thomas (1914-1953) écrivain et poète gallois - présenté ici en français et en version originale anglaise - qui évoque l'entrée dans la vieillesse, l'obscurité de la vie et la rage de demeurer alerte jusqu'au bout.

N'entre pas apaisé dans cette bonne nuit

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,
Les vieux devraient tonner, gronder quand le jour tombe ;
Rage, mais rage encor lorsque meurt la lumière.

Si le sage à la fin sait que l’ombre est la norme,
Comme aucun de ses mots n’a fourché en foudre il
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Le bon, près de la vague ultime, qui déplore
Que sa vie frêle eût pu danser en verte baie,
Il rage, il rage encor lorsque meurt la lumière.

Le fou qui prit, chanta, le soleil en plein vol,
Et conscient, trop tard, d’avoir bridé sa course,
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Le juste, agonisant, qui voit d’un œil aveugle
Qu’un œil aveugle peut briller, gai, météore,
Il crie, il crie encor lorsque meurt la lumière.

Et toi, mon père, là, sur ces tristes hauteurs,
Maudis-moi, bénis-moi de pleurs durs, je le veux !
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
Mais rage, rage encor lorsque meurt la lumière.
Traduit de l'anglais par Lionel-Edouard Martin http://lionel-edouard-martin.net/

Do not go gentle in that good night

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on that sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

Sur les intermittences et saisons douces ou dures du cœur, ce court poème d'Emily Dickinson (1830-1886) - traduction française de Guy Jean Forgue datant de 1970 - femme de lettres américaine méconnue de son vivant dont l’œuvre célèbre la nature et l'expression la plus intime des sentiments.

Le cœur veut d'abord le plaisir

Le cœur veut d'abord le plaisir,
Puis des raisons de ne pas souffrir;
Puis, ces petits calmants
Qui ouatent la douleur

Ensuite il veut s'endormir;
Enfin, si c'est son bon plaisir
De son inquisiteur,
Le luxe de mourir.


The heart asks pleasure first

The heart asks pleasure first
And then, excuse from pain-
And then, those little anodynes 
That deaden suffering;

And then, to go to sleep;
And then, if it should be
The will of its Inquisitor,
The liberty to die.

Terminons sur une mélodie enchanteresse de Mina Tindle, mon coup de foudre du mois, bon vent et à la semaine prochaine !

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