jeudi 20 novembre 2014

Vies en folie

Bonjour, ce matin nous allons aborder le sujet de la maladie mentale, en particulier la manière dont son traitement a évolué depuis les années soixante et l'émergence de nouvelles thérapies et manières de considéré les patients. L'univers de la folie est très particulier, alors que l'on sait à notre époque à peu près bien comment guérir nombre de problèmes physiques, jambe cassée, infection ou même un cancer, etc, la plupart des maladies de l'esprit conservent leur mystère tant le fonctionnement de notre cerveau est complexe. Sans compter que toutes les formes de démences n'ont pas les mêmes causes, rien de commun entre une personne souffrant d'autisme, affection de naissance, une personne présentant des troubles psychiques consécutifs aux violences dont elle a été victime ou une personne délirant à cause d'une maladie neurologique dégénérative. La bande-dessinée du jour, HP de Lisa Mandel dont le premier tome est paru en 2009 retrace le quotidien des soignants en hôpital psychiatrique.
Lisa Mandel a prévu une fresque de quatre tomes, de 1968 à nos jours, dont deux sont actuellement sortis, d'après les témoignages de sa mère, son beau-père et plusieurs de leurs amis, tous infirmiers durant plusieurs dizaines d'années dans un hôpital psychiatrique marseillais. On découvre ainsi l'itinéraire de la psychiatrie moderne à travers le travail difficile des soignants confrontés à toute une gamme de patients, des plus agités aux plus normaux en apparence, ainsi qu'aux techniques et doctrines en vigueur au fil du temps. Jusque dans les années soixante, les hôpitaux étaient surtout conçus comme des centres de rétention des patients dont la folie ne devait pas gêner plus que nécessaire le reste de la société, et à qui on ne prodiguait que fort peu de soin, voire des traitements barbares ou humiliants comme leur infliger des électrochocs ou les maintenir attachés. A ces dures pratiques se sont substituées d'autres, un peu plus respectueuses, dans les années soixante-dix avec l'arrivée de camisoles chimiques efficaces, et d'idées plus humanistes au sujet de la folie, moins considérée comme une honte ou une punition du destin, même si les patients demeurent stigmatisés et l'univers de la psychiatrie méconnu et toujours sujet à toutes sortes de fantasmes. A lire pour découvrir et démêler le vrai du faux. 
Les bouleversements de la médecine psychiatrique ont également inspiré les artistes prompts à célébrer certains "miracles" obtenus grâce à la science. La réalisatrice Penny Marshall s'est ainsi inspirée pour son beau film L'éveil/Awakenings sorti en 1990 du roman autobiographique éponyme d'Oliver Sacks, neurologue et écrivain.
L'histoire débute en 1969 lorsque Malcolm Sayer, le double fictionnel de Sacks, se voit confier un groupe de patients rescapés de l'épidémie d'encéphalite léthargique qui sévissait aux États-Unis durant les années vingt et trente. Les personnes atteintes de cette maladie neurologique sont plongées dans un état végétatif, elles semblent statufiées, absentes au monde, corps et visage immobiles, incapables de parler, ne pouvant effectuer que quelques gestes et pas mécaniques qui semblent de simples réflexes. Sont-elles encore réellement en vie, éprouvent-elles des sentiments derrière ce masque ?  Sayer est persuadé que oui, et prend l'initiative, en dépit du scepticisme de ses collègues, de faire tester à ses patients un nouveau traitement découvert depuis peu et utilisé avec succès pour soigner la maladie de Parkinson. L'essai s'avère un véritable miracle puisque dès les premiers jours, tous les malades semblent littéralement renaître, se remettant à bouger, parler, redevenir eux-mêmes et redécouvrir le monde parfois après des dizaines d'années de "sommeil". Éveil qui ne se déroule cependant pas sans anicroche puisque toute cette petite société en effervescence est également affectée par les effets secondaires du traitement, tics nerveux, crises de paranoïa ou d'érotomanie au point que des infirmiers en viennent à regretter les légumes d'antan ! Un film émouvant et intelligent pour ne pas passer à côté de la chance de vivre éveillé :)  
Je mets en lien le blog d'une ancienne infirmière en psychiatrie qui y conte des anecdotes de son parcours de soignante destinées à désacraliser et dédramatiser ces vies prises dans la folie. http://cestdelafolie.centerblog.net 
Rendez-vous dans deux semaines, terminons avec cette jolie chanson sur la mythomanie !

5 commentaires:

  1. Effacez mon commentaire après l'avoir lu:
    a évolué
    considérer
    conçus
    sujets
    plongées
    je mets
    Et pardonnez moi mon côté instit à la retraite :+)

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    1. Merci pour votre correction, quand j'écris beaucoup et vite, je n'ai pas toujours le temps de me relire, néanmoins c'est "la folie" qui est "considérée" inutile de changer. Et je ne trouve pas de soucis à "sujet"!

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    2. D'accord. Accepteriez-vous de m'indiquer un livre ou une bd qui pourraient aider une jeune maman à parler de la mort à ses enfants de 7 ans et 5 ans? Cette jeune maman vient de perdre un oncle qui lui est cher et les enfants sentent bien qu'il se passe quelque chose qui fait souffrir leur mère. Je me demande s'il est bon d'occulter la mort "pour de vrai" sous prétexte de préserver l'enfance et l'innocence des enfants?

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    3. Bonsoir, j'ai fait une note sur le sujet il y a quelques semaines "Contes de la Toussaint" ! En album, je vous recommande toujours "Au revoir blaireau" de Susan Varley c'est vraiment l'un des plus sensibles, en mini-roman jeunesse "Vera veut la vérité" de Nancy Huston - livre écrit avec sa fille Léa lorsqu'elle était enfant, sur le thème de la disparition d'un grand-père. Il y a beaucoup de livre sur la mort destinée aux enfants, je cite encore "Pochée" de Florence Seyvos, sur une petite tortue qui part en voyage suite au décès de son ami et lui écrit des lettres pour apprendre à supporter son absence. Je ne crois pas que ce soit bon d'occulter la mort, inutile d'entrer dans les détails morbides s'il y a eu maladie mais il vaut mieux que les enfants sachent, de toute façon comme vous le dites, ils le sentent très bien !

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  2. Merci Ismène de votre réponse. Je vais pouvoir faire ma lettre au père Noël maintenant. Et je vais remonter en arrière dans la lecture de votre blog.

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