samedi 23 août 2014

Brève publicitaire

Bonsoir, je suis de retour de vacances, avant d'être reprise dans la routine du travail et pour reprendre le blog de bon pied, je vous propose une petite note sur les trucs et astuces utilisés par les fabricants de publicités. La publicité est aussi vieille que le commerce mais s'est adaptée aux différences culturelles selon les lieux et les époques. Pour prendre l'exemple des produits de beauté, de nos jours où les pays développés croulent sous la nourriture, l'idéal est d'être mince comme un fil pour les femmes, musclé et sans graisse pour les hommes, les publicités vont donc vendre mille et une méthodes pour y parvenir. C'est en comparant ces changements dans le temps que le caractère aléatoire de ces normes sociales éclate le mieux, on vous fait miroiter une forme olympique et le succès si vous y parvenez, alors qu'il y a un siècle, époque où tout un chacun ne mangeait pas forcément à sa faim, les rondeurs étaient au contraire à l'honneur et l'on trouvait fréquemment des réclames vantant des produits destinés à rendre les femmes charnues à souhait !
Ces publicités datant de 1912 en font foi, je les ai trouvées à cette adresse avec d'autres curiosités de l'époque.
Mais j'aurais pu présenter d'autres exemples, les crèmes et voilettes pour garder la peau pâle par opposition aux gens du peuple bronzés car travaillant au grand air, ont été remplacés par les autobronzants car le hâle de la peau est désormais associé à une vie de loisirs et de luxe, et la mine blanche au travail des classes populaires cloisonnées en usines.
The long gloves/Les gants longs par Mary Cassatt (1889)
En fait peu importe le produit que l'on cherche à vous vendre, il s'agit avant tout de stimuler l'imaginaire. Le but est invariablement le même, susciter un désir vif, un besoin et une envie de l'assouvir qui doit paraître irrépressible au potentiel consommateur, même pour les objets les plus triviaux du style brosse à dent et rasoir. Récemment une campagne suisse pour le port du préservatif a fait scandale, certains la jugeant trop pornographique. En fait, à mon avis, ce dont cette campagne est révélatrice est la totale absurdité de la mise en scène du désir, utilisée à toutes les sauces sans même prendre garde au contexte. Alors qu'il s'agit ici d'une campagne de prévention contre le Sida et autres MST, les maladies ne sont nullement nommées et la protection semble être là, à la limite, uniquement pour faire joli.
La publicité devient elle-même sa propre finalité, le produit en lui-même n'a aucune importance l'essentiel étant que la clientèle dépense. Ce serait comme d'accoler une musique guerrière, entraînante, à n'importe quel type d'ambiance, au bout d'un moment la recette ne marche plus !
Puisque l'on parle de vikings, je conclus sur une pièce de théâtre un peu particulière, Par-dessus bord de Michel Vinaver que j'avais vue il y a six ans au TNP de Villeurbanne. Le dramaturge qui a, durant des années, fait carrière chez Gillette tout en rédigeant ses écrits en parallèle, publia en 1972 cette somme théâtrale dont la représentation dure huit heures. Une trentaine de personnages y narrent, sous forme de parodie de la mythologie nordique, l'épopée moderne et capitaliste de l'entreprise Ravoire et Dehaze, spécialiste française du papier toilette, mise en péril et finalement engloutie par ses puissantes concurrentes américaines au terme d'une lutte sans merci.
Nous sommes à la fin des années soixante, les deux garçons du fondateur de l'entreprise, tels les fils d'Odin, se battent au chevet de leur père mourant pour remettre leur affaire à flot et s'approprier son héritage. Pour cela, il leur faudra faire appel aux nouvelles techniques de marketing, licencier une partie du personnel et engager de jeunes loups aux dents longues adeptes des brainstorming et autres réunions destinées tant à trouver comment fourguer leur matériel qu'à maintenir la cohésion de leur groupe, là où chacun est perturbé par sa propre histoire personnelle et familiale. Les Trente Glorieuses masquent en effet mal le souvenir toujours présent de la dernière guerre et son cortège de destructions. Tous les personnages, assez attachants en dépit de leurs défauts, luttent derrière la recherche de la prospérité et du confort, pour des bonheurs somme toute assez simples. Des moments qui ne s'achètent pas ! A découvrir si vous avez l'occasion, et la curiosité de rentrer dans ce petit univers opaque.
 
Terminons sur un brin de contestation en musique, à bientôt !

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