vendredi 10 janvier 2014

Bulles au vent

Bonjour, pour bien entamer cette nouvelle année, je vous présente aujourd'hui les talentueuses œuvres autobiographiques de deux femmes nées à quelques années d'écart et ayant passé toutes deux leur enfance dans des pays aux régimes autoritaires.
Marjane Satrapi est née en Iran en 1969, elle réside en France depuis une petite vingtaine d'années, est dessinatrice-scénariste de bande-dessinée et réalisatrice de films. Elle s'est fait connaître par sa bande-dessinée autobiographique, en quatre tomes parus de 2000 à 2003, Persépolis. Bande-dessinée qu'elle a adapté en long-métrage d'animation en collaboration avec Vincent Paronnaud. Persépolis conte sa vie et celle de sa famille, de l'enfance à l'âge adulte dans un Iran bouleversé passant de la dictature du Shah à celle des islamistes. Elevée dans un milieu cultivé et ouvert, par des parents intellectuels et une formidable grand-mère. Marjane, enfant, se rêve prophète, meneuse de foule contestataire et sauveuse de son pays en guerre contre l'Irak, avant d'entrer en révolte ouverte contre les répressions politiques, culturelles et religieuses lorsqu'arrive l'adolescence.
Soucieux de la préserver, ses parents l'envoient vivre chez des proches en Autriche, expérience de l'exil tragi-comique. La jeune fille se retrouve vite ballottée entre une famille perdue de vue nostalgique de l'Iran, de nouveaux amis punks désabusés et peu à l'écoute, des logeuses et colocataires peaux-de-vaches ou déjantés, et une galère professionnelle et sentimentale à peu près permanente. Revenue terminer ses études dans son pays natal, Marjane affirmera ses talents d'illustratrice et conteuse d'histoires avant de choisir de quitter définitivement l'Iran, l'ancienne Perse, dont une antique cité, Persépolis, donne son titre à son ouvrage.

Karlien de Villiers, artiste peintre et professeur de dessin, est née en Afrique du Sud en 1975. Elle est l'illustratrice et scénariste d'une unique bande-dessinée, Ma mère était une très belle femme, publiée pour la première fois en 2006 chez un éditeur suisse-allemand, les éditeurs sud-africains n'investissant que très peu dans les projets de bande-dessinées pour adultes.
Il s'agit du récit de l'enfance sud-africaine mouvementée de l'auteure dans les dernières années de l'apartheid. La petite Karlien et sa sœur aînée Natalie mènent leur vie d'enfants au milieu d'un pays déchiré par des conflits politiques au sein d'une société raciste et conservatrice agitée par les revendications montantes d'égalité. La valeur et les droits civiques des individus y étant encore à l'époque jugés sur leur couleur de peau et leur rang social. Faits que les petites filles ne comprennent pas ni ne remettent en question, se contentant d'essayer de comprendre avec leurs moyens. Aux troubles préparant la chute du régime se mêlent les remous familiaux. La narratrice est successivement confrontée au divorce de ses parents puis à la mort de sa mère, emportée par un cancer quelques années plus tard, peu avant ses douze ans.
Au contraire de Marjane Satrapi à qui ses proches offrent leur attention chaleureuse, un regard, des explications sur le monde extérieur et une pléiade de récits familiaux truculents, Karlien de Villiers grandit dans un milieu assez renfermé et étriqué, repliée sur ses traditions et ses secrets. Une partie du récit de l'auteure s'articule autour de la mise en lumière des personnalités et vécus de ses parents dont des pans entiers lui ont longtemps échappé. Les deux récits confrontent cependant des itinéraires personnels de jeunesse confrontés aux mutations, l'enfance y est présentée pour ce qu'elle est, non pas une cellule protégée mais une bulle ouverte à l'extérieur et à tous les vents et tempêtes qu'ils soient sociaux ou familiaux.  
Une photo de Karlien de Villiers enfant, avec sa mère qui a inspiré la couverture de l'album, elle est aujourd'hui elle-même mère d'une petite fille.
Terminons sur une chanson de KT Tunstall, bon vent à tous pour cette nouvelle année et à bientôt :) 

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