vendredi 1 mars 2013

Post-apocalyptique

Bonjour, comme certains internautes ont beaucoup apprécié mon article sur les mythes en science-fiction et qu'on nous a bassiné avec la prétendue fin du monde pendant des mois, j'ai choisit de parler aujourd’hui de livres traitant du devenir du monde suite à un cataclysme, décrivant des êtres revenus à l'état sauvage, réinventant des civilisations primitives.
Quinzinzinzili de Régis Messac (1893-1945) est un roman particulièrement prenant et réussi, il fait partie des précurseurs du genre, ayant été publié pour la première fois en 1935.  
L'action se situe entre les années 30 et 40, l'auteur a extrapolé à partir des conflits latents de son époque et imagine avant l'heure une terre victime d'une nouvelle guerre mondiale, vidée de la quasi-totalité de ses habitants. L'humanité a été détruite par l'invention d'un savant japonais, un gaz hilarant mortel répandu à grande échelle lors d'une attaque éclair ayant tué la plupart des humains et beaucoup d'animaux, ne laissant derrière elle qu'un univers vide et hostile, peuplés de ruines, à l'atmosphère embrumée des relents du gaz. 
Le narrateur, Gérard Dumaurier, précepteur et narrateur de cette histoire, n'a survécu par miracle à l'attaque avec la dizaine d'enfants dont il avait la charge que parce qu'ils visitaient ensemble une grotte en Lozère et se trouvaient hors de portée des vapeurs empoisonnées. Quelques mois plus tard, revenus à l'air libre, ils ne peuvent que constater l'étendue du désastre et, tandis que l'adulte se laisse aller à son désespoir, se contentant à peine de survivre, les enfants s'organisent comme ils le peuvent et créent une nouvelle petite société avec ses rites, ses codes, sa langue, sa hiérarchie, son histoire et ses découvertes à partir de leurs souvenirs et des vestiges du monde ancien. 
Quinzinzinzili, le nom de l'étrange divinité créée par les petits survivants, est ainsi une déformation de la formule "Quis est in caelis", "qui êtes au ciel" de la prière "Notre père", leur langue est dérivée de l’anglais, l’espagnol et le français. Plusieurs enfants se disputent l'autorité mais c'est la seule fille survivante qui en tant qu'unique femme du groupe finit par avoir la prééminence, très vite resurgissent des prémisses de violence et de meurtres, d'inventivité et de joutes amoureuses etc. Le narrateur commente avec ironie dans son journal, l'émergence de cette nouvelle civilisation si peu civilisée à laquelle il participe bon grès mal grès en suivant ses anciens élèves, devenus peu à peu adultes dans leurs pérégrinations.
Ce court roman est un petit chef d'oeuvre d'inventivité, d'humour noir et d'anticipation, d'autant plus lucide et ironique que son auteur est mort en déportation pour fait de résistance, dans un monde plus cruel que ceux qu'il avait imaginés...

En bande-dessinée sur le même thème, une trilogie, Lomm, scénarisée et dessinée par TBC - de son vrai nom Tomaz Lavrič - auteur slovène immigré en France.  
Le monde décrit dans cette série se remet manifestement d'un cataclysme qui a peut être eu lieu quelques centaines d'années plus tôt. Aucune explication n'est clairement fournie, on se contente de suivre la vie des protagonistes dans leur rude quotidien. La terre est redevenue une contrée sauvage, couverte de vastes forêts aux arbres gigantesques et de plaines désertiques, un monde peuplé d'animaux monstrueux, d'êtres humains mutants qui se nomment eux-même "volants" ou "sauteurs" selon qu'ils possèdent ou non des ailes et de quelques hommes n'ayant pas ou peu muté. Tous tentent de survivent au sein de petites familles ou de groupes précaires, farouchement hostiles les uns aux autres, menant une existence mi-animale mi-préhistorique où seule compte la survie. Un couple de mutants assiste un jour à un curieux phénomène, d'un œuf de leur portée né un petit semblable à un enfant humain, baptisé de fait "Lomm" 
Le fil conducteur de ce récit est donc une sorte de relecture de Tarzan, le parcours d'un petit homme parmi les mutants qui, pour rester en vie, doit développer des qualités inédites telles la vitesse, l'ingéniosité et l'intelligence ce qui lui vaudra le rejet de sa communauté d'origine.  
extrait du tome 2 Les enfants des racines
Dans le troisième tome, La tribu des hommes purs, Lomm rejoint une tribu d'humains avec qui la cohabitation s'avère tout aussi complexe, on en apprend un peu plus sur le passé de l'humanité, visiblement victime d'une catastrophe atomique ce qui n'empêche pas ces nouveaux hommes d'avoir pris pour symbole de leur nouvelle divinité le sigle du nucléaire ! Pas très différents de nos dirigeants qui ne jurent que par cette source d'énergie bien qu'on ne sache pas totalement la maîtriser et que sa nocivité ne fasse plus de doute.
C'est une très bonne série que je recommande malgré des passages très violents qui rendent terriblement crédible cette humanité déchue et un dernier tome plus conventionnel puisqu'il reprend les codes classiques des récits sur la préhistoires, entre superstition et guerre tribales. 
Terminons sur cette vidéo, hommage à Indiana Jones qui a demandé à son réalisateur une bonne partie de ses week-ends pendant près de trois ans.
 A la semaine prochaine :)

2 commentaires:

  1. Dans le genre il y a aussi "Niourk" de Stephen Wull. Mais vous devez connaître, ce n'est pas tout nouveau!

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    1. Bien sûr ! C'est l'un des premiers textes de SF que j'ai lu enfant, et il vient d'être adapté en bande-dessinée :)

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