samedi 26 janvier 2013

Immigration

Bonjour, aujourd'hui je présenterais deux livres récemment sortis traitant de migrations internationales à différentes époques.
Le premier est un récit de Julie Otsuka, américaine d'origine japonaise qui narre dans ce court roman la migration collective de jeunes femmes et leur installation aux États-Unis au début du vingtième siècle. Parties du Japon pour rejoindre leurs futurs époux jamais rencontrés, installés à San Francisco quelques années auparavant, pleines d'espoir dans l'attente de leurs promis et du rêve américain, le choc de la réalité fut rude. La plupart se retrouvèrent à trimer dans les champs de fruits et de cotons californiens ou à travailler comme domestiques chez les riches autochtones des villes, tout en s'occupant de maris très différents de ceux qu'on leur avait promis - certains ayant envoyé des portraits d'amis ou datant de dix ou vingt ans ! - et de nombreux enfants qui peu à peu oublièrent leurs racines japonaises, traitant de haut leurs mères mal adaptées qui parfois n'apprirent de toute leur vie que quelques mots d'anglais. Le roman s'achève sur un épisode occulté de l'histoire des États-Unis, après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, tous les immigrants d’origine japonaise, citoyens américains ou non, reçurent l’ordre d’évacuer leur lieu de résidence pour des camps d'internement dans le nord et l'est de la Californie et ne purent regagnés leurs foyers qu'une fois la guerre achevée. La grande originalité de ce très beau roman est d'être écrit à la première personne du pluriel, un "nous" multiple relatant comme une mélodie les nombreuses voix de ces femmes aux trajectoires à la fois singulières et communes, à découvrir et un petit extrait du premier chapitre. 

"Sur le bateau chaque nuit nous nous pressions dans le lit les unes des autres et passions des heures à discuter du continent inconnu où nous nous rendions. Les gens là bas, disait-on, ne se nourrissaient que de viande et leur corps était couvert de poils (nous étions bouddhistes pour la plupart donc nous ne mangions pas de viande et nous n’avions de poil qu’aux endroits appropriés). Les arbres étaient énormes. Les plaines, immenses. Les femmes, bruyantes et grandes – une bonne tête de plus, avions-nous appris, que les plus grands de nos hommes. Leur langue était dix fois plus compliquée que la nôtre et les coutumes incroyablement étranges. Les livres se lisaient de la fin vers le début et on utilisait du savon au bain. On se mouchait dans des morceaux de tissu crasseux que l’on repliait ensuite pour les ranger dans une poche, afin de les utiliser encore et encore. Le contraire du blanc n’était pas le rouge mais le noir. Qu’allions nous devenir, nous demandions-nous, dans un pays aussi différent ?"

Le second est une bande-dessinée un peu particulière, une histoire de complot politique et archéologique rédigée par  un ancien consul français revenu d'un poste aux États-Unis qui se cache sous le pseudonyme de Pfm, mise en image par André Chéret, surtout connu pour être l'auteur de la bd Rahan (dont je parlerais peut-être à l'occasion). 

De nos jours, sur les rives du lac Champlain au nord-est des États-Unis, des ossements humains sont retrouvés à la faveur du dégel. A la surprise du légiste chargé de l'étudier, le squelette s'avère vieux de plusieurs millénaires et semble avoir des origines européennes ! Cette découverte se retrouve rapidement au centre d'une féroce lutte de pouvoir entre les descendants des nations indiennes, qui vont devoir se battre pour leurs droits difficilement acquis, notamment l'accès privilégié à l'exploitation de casinos, les groupuscules d'extrême droite ne souhaitant pas lâcher ce qui pourrait devenir un argumentaire inespéré pour leur idéologie de suprématie blanche, des agents du FBI, et quelques autres personnes embarquées un peu par hasard dans ce sac de nœuds.
Cette bd se veut un thriller mais à sa lecture on sent bien qu'il ne s'agit pas de l’œuvre d'un scénariste professionnel, le rythme n'est pas toujours assez soutenu et les personnages relativement peu fouillés. En revanche on est incontestablement face à un passionnant portrait sociologique et géopolitique des États-Unis contemporains, ainsi qu'une honnête leçon d'histoire et de tolérance qui nous montre également comment  l'archéologie peut être utilisée à des fins idéologiques lorsqu'il est question de mainmise sur un territoire. Le peuplement premier du continent américain américain fait encore débat au sein de la communauté scientifique mais on peut affirmer que de nombreuses populations venues d'horizons très divers s'y sont installé de bonne heure.
Et une chanson pop-folk pour conclure
Bon, au sujet de la page facebook que j'avais annoncée, après réflexion cela prendra peut-être plus de temps. Je l'avais envisagée car beaucoup de personnes qui fréquentent ce blog sont des proches mais de plus en plus de visiteurs inconnus y passent également, ce n'est pas l'idéal de mélanger le public au privé. Du coup je créerais peut-être une sous-catégorie du blog pour les bonus et une page perso qui donnera accès au blog que j'indiquerais aux personnes concernées en temps voulu. Bonne semaine !

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