samedi 30 janvier 2016

Entr'acte poétique

Bonsoir, aujourd'hui, courte note poétique, qui présentera les textes très lyriques de deux femmes ayant beaucoup œuvré en leur temps pour le partage et l'émulation artistique. J'ai cependant d'abord le plaisir de vous informer que l'une de mes nouvelles, intitulée "Racines", vient enfin d'être publiée dans le dernier numéro du magazine AOC (Aventures Oniriques et Compagnie), il est disponible ici
Enchainons avec un aperçu de l’œuvre de Charlotte Calmis (1913-1982), peintre et poétesse féministe française, fondatrice en 1972 de la Spirale, association de femmes artistes. Ce poème fut originellement publié en 1977 dans les Cahiers du Nouveau Commerce. Je l'ai découvert sur la page de l'historienne Marie-Josèphe Bonnet que je vous recommande.

Gaïa, Psaumes d'incarnation

Ne suis-je dentellière de l’ombre
qu’araignée au tissage secret
peau tatouée (façon que j’ai de broder-main la connaissance)
sur ma chair de clair-obscur destin

Qu’est-ce qui
DORT NOIR AU CŒUR DE MES DENTELLES

Pourquoi élucider si
à travers le corps pénètrent pierres vos mots
là où d’autres mots stagnent
cette pamoison de mots ma chair stigmatise
pourquoi élucider Méditation de chouettes aveugles

Que périssent les saisons rousses de nos passions
automnes fous
temps des mal-aimés
Crissements-cris à fleur de mots de pierres et
de stigmates

Pourquoi élucider
Je t’interroge jour de trop soleil
Quel secret dort noir au cœur de mes dentelles ?
Rust red hills par Georgia O'Keeffe (1930)
Poursuivons avec un poème d'Anna de Noailles (1876-1933), poétesse et romancière française d'origine roumaine, également connue pour son salon littéraire qui attira au début du vingtième siècle, un vaste aréopage d'intellectuels et d'artistes. Voici un poème extrait du recueil Le cœur innombrable paru en 1901.

La vie profonde


Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...
Dryad par Evelyn de Morgan (1877)
Terminons par un morceau d'une jeune chanteuse venue de Belgique, à bientôt !

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