dimanche 13 décembre 2015

Esprits de neige

Bonsoir, comme nous sommes censés être bientôt en hiver et peut-être avoir un peu de neige et d'avantage de froidure, nous allons parler aujourd'hui de fictions hivernales - un roman et une bande-dessinée - situées en pays de glace, de l'atmosphère fantastique et des phénomènes étranges provoqués par la solitude de ces contrées enneigées. En prime, pour se mettre dans l'ambiance, voici les œuvres de Rogan Brown, artiste créant de magnifiques sculptures de papier en forme de flocons et autres micro-organismes. 
Esprit d'hiver de la romancière américaine Laura Kasischke, paru en 2013, est une étrange histoire entre conte fantastique et thriller psychologique malgré l'apparente banalité de son sujet.
Un matin de Noël dans une famille américaine ordinaire, Holly, la petite quarantaine, se trouve seule dans son foyer en compagnie de sa fille adolescente Tatiana, leur mari et père étant parti de bonne heure chercher ses parents à l'aéroport. Cependant, alors que la journée devrait s’égrainer en joyeux préparatifs pour accueillir leurs invités, une menace sourde semble au contraire s'installer dans la maison, bientôt cernée par une tempête de neige l'isolant du reste du monde. Chaque tache qu'entreprend Holly se détraque et Tatiana, d'habitude affectueuse et serviable, se révèle d'humeur irritable et défiante envers sa mère, à tel point que celle-ci en vient à se demander si son enfant ne serait pas possédée par ce drôle d'esprit malveillant qui rôde autour d'elles depuis leur réveil. Un fantôme venu de Russie où elle a adopté Tatiana, encore bébé, treize ans plus tôt et qui les aurait suivi, invisible, depuis tant d'années pour troubler leur bonheur ? La narration s'articule autour d'Holly et de ses pensées inquiètes, de plus en plus obsessionnelles, entre le présent de sa petite maison enfouie sous la neige du Michigan et les souvenirs du passé, de l'enfance de Tatiana et de la Sibérie misérable et glacée où elle a vu le jour. Toutes choses qu'Holly essai de coucher sur du papier pour y voir plus clair sans y parvenir. On découvrira peu à peu quel secret cache cet esprit jusqu'à un final magistral que je vous laisse découvrir. A lire par un soir d'hiver pour frissonner.

La vierge froide et autres racontars est le premier opus d'une trilogie scénarisée par Gwen de Bonneval et illustrée par Hervé Tanquerelle, dont les tomes sont parus entre 2009 à 2013. Il s'agit de l'adaptation des célèbres "Racontars arctiques" de l'écrivain danois Jørn Riel.
 
Jørn Riel, homme de lettres et baroudeur né en 1931, a passé seize années de sa jeunesse au Groenland parmi les trappeurs, il a rapporté de cette expérience quantité d'histoires extravagantes, plus ou moins véridiques, que s'échangeaient ces hommes dans la solitude de la nuit polaire. Après des journées passées à chasser le phoque, l'ours ou le renard, tendre des pièges, déblayer des terrains, nourrir ses chiens ou tenter de suivre la course d'un soleil parfois inaccessible, dans des campements à cent lieux les uns des autres, il devient impératif de pouvoir relâcher la pression. Parler des journées entières sans discontinuité après des mois sans aucune présence humaine, se lier d'amitié avec un coq ou un cochon, fêter l'enterrement d'un camarade en festoyant avec le mort assis à la place d'honneur faute de pouvoir l'enterrer dans la terre trop dure, ou tomber amoureux d'une femme imaginaire, personnage improbable et hautement désirable dans cet univers masculin. Et bien sûr affronter chaque jour la nature, les caprices de la mer et la neige, les éléments se révélant toujours supérieur à la fragilité humaine. Le dessin rend à la perfection cet univers majestueux et désertique, ainsi que les trognes des vieux trappeurs aguerris et des jeunes nouveaux venus tenter naïvement l'aventure. Je recommande vivement ces récits drôlatiques à tous les publics dès la fin du collège. 
Un peu de piano pour conclure, à bientôt !

3 commentaires:

  1. Et toujours à propos de piano, à écouter, une belle improvisation à quatre mains dans une gare ! https://www.youtube.com/watch?v=4I_NYya-WWg

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  2. J'aime beaucoup lire Laura Kasischke : je n'ai pas lu ce roman-ci, mais effectivement, elle a l'art d'introduire le fantastique, une espèce de terreur insidieuse dans le quotidien le plus banal. De ceux que j'ai lu, un des plus remarquables est En un monde parfait où elle raconte la fin du monde pendant que l'héroïne, fraîche (mal) mariée se trouve une famille, ce qui n'était pas gagné au départ. Et il s'agit bien d'une dystopie : la fin du monde tel que nous le connaissons s'écroule autour d'elle. Pas spectaculaire comme celles racontées par des écrivains hommes, mais au moins aussi terrifiante. Une réussite. Mais tout est bon à prendre chez cette auteure.

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    1. Merci pour ton commentaire, j'ai lu quelques unes de ses autres œuvres, pas celle que tu sites mais j'en ai effectivement entendu dire du bien !

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