jeudi 14 mai 2015

Liaisons homosexuelles et sociétés

Bonjour, ces derniers jours j'ai été très occupée par diverses formalités, recherche professionnelle et autres soucis, j'ai également œuvré à relayer une pétition que je vous engage à lire, signer et faire circuler, pour l'abolition internationale du trafic de femmes et d'enfants organisé par le commerce florissant de la maternité de substitution - le fait pour une femme d'être payée pour mettre au monde un enfant pour d'autres. Ci-dessous le site de la pétition http://www.stopsurrogacynow.com/ et le blog d'un collectif engagé à consulter pour s'informer ! http://collectif-corp.com/
Je posterais peut-être prochainement un article commentant des fictions sur le sujet, bien qu'il en existe encore peu. En attendant, comme c'est bientôt le 17 mai, journée internationale de lutte contre l'homophobie et les discriminations qui frappent les personnes LGBT, par solidarité avec les personnes concernées que je connais - et toutes celles que je ne connais pas ! - la note du jour sera consacrée à des romances homosexuelles et à la problématique de l'exclusion à travers un roman et un film.
Baby Jane second roman de Sofi Oksanen, paru en France en 2014, relate une liaison tumultueuse entre deux femmes autant qu'une description d'une vie en marge de la société.
Le titre fait allusion au film de Robert Aldrich Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? Histoire de rivalité entre deux sœurs dans le monde du show-business américain. La question qui se pose ici est qu'est-il arrivé à Piki, ancienne vedette des nuits homos d'Helsinki et grand amour de la narratrice, jeune femme d'une dizaine d'années sa cadette ? Ravagée par des crises de panique, Piki s'enferme petit à petit chez elle, ne sortant presque plus que de nuit, incapable de s'occuper des tâches du quotidien, courses, lessives, et autres tracas ménagers dont une ancienne petite amie se charge entièrement, au grand dam de sa nouvelle jeune partenaire. Celle-ci, prête à tout pour aider sa compagne à sortir de son marasme et permettre à leur couple de se renflouer économiquement, ira jusqu'à monter un commerce de vêtements de charme par correspondance, au succès immédiat mais tout aussi précaire que leur relation. Bien que le roman décrive une nette opposition entre deux univers - la narratrice oscille constamment entre le choix de vivre de jour ou de nuit, d'aimer les femmes ou les hommes, de vivre une existence rangée ou marginale - ce n'est pourtant ici pas tant la sexualité qui marginalise ce couple lesbien ne rêvant que de bonheurs paisibles, se promener le week-end à la campagne, élever des enfants, que le poids des désordres psychiques et sentimentaux qui rendent ces entreprises en apparence simples, impossibles. Une chronique déjantée et douce-amère de la vie urbaine à la plume musicale et imagée, très agréable à lire, conseillée à tous les amateurs d'ambiance punk-rock. Et en bonus l'extrait d'un spectacle de la comédienne Océanerosemarie où comment parler de la sexualité entre femmes quand la plupart des gens n'envisagent les amours féminines que comme une récréation pour le regard masculin !
Le film Le secret de Brokeback Mountain d'Ang Lee sorti en France en 2006, est inspiré d'une nouvelle de la romancière américaine Annie Proulx, parue pour la première fois en 1997 puis en 1999 dans le recueil Close Range, Les Pieds dans la boue pour la version française. Histoire d'une liaison entre deux hommes vécue en pointillés.
L'histoire débute lors de l'été 1963, sur les flancs d'une montagne du Wyoming, deux garçons d'une vingtaine d'années, Jack Twist et Ennis Del Mar, embauchés pour s'occuper des troupeaux de moutons, débutent, presque par accident, une relation amoureuse dans la solitude des sommets propice à cette passion malvenue dans un milieu rural rude et machiste d'une Amérique encore engoncée dans son conservatisme. Leur contrat terminé, les deux hommes se séparent sans promesse de retrouvailles antérieures et poursuivent chacun leur chemin sans se plus recroiser, se marient, deviennent pères, jusqu'à ce que quatre ans plus tard, le hasard les réunisse à nouveau. Malgré leur attachement demeuré intact, Jack et Ennis ne quitteront ni l'un ni l'autre les vies qu'ils se sont construites mais se retrouveront ponctuellement au fil des ans pour des sorties à la montagne, comme un perpétuel rappel de leur rencontre empêchée, impossible à concrétiser par un projet de vie commune. Ici ce n'est pas l'indifférence et la dureté de la société postmoderne à la précarité qui condamne le couple mais plus simplement un climat social hostile à l'homosexualité et à l'égalité des sexes - sont abordées aussi les difficultés personnelles d'Alma et Lureen, les femmes des deux protagonistes, elles aussi emprisonnées dans une fonction d'épouses et de mères dévouées, reléguées à la domesticité. Un film émouvant, aux personnages attachants, illuminé par les splendides et sereines images des montagnes, à découvrir.
Terminons par une sympathique vidéo d'Anthony Kavanagh, donnant quelques clefs pour aider les jeunes hommes gays à faire leur coming-out face à un père d'éducation plutôt machiste et traditionnelle pas du tout prêt à l'entendre !

Rendez-vous dans une dizaine de jours pour une courte note avant mon départ pour le festival des Imaginales à Épinal le week-end du 30, j'espère en rapporter une belle moisson littéraire !

2 commentaires:

  1. A propos d'orientation sexuelle,s'il faut ranger les gens dans une catégorie, on ne parle jamais de ceux qui, tout en étant biologiquement normalement conformés, se marient, et cessent rapidement les relations hétérosexuelles avec leur compagne ou compagnon, sans pour cela chercher à en avoir,(de type hétéro ou homo) hors de leur couple, déclarant ne pas en ressentir le besoin( tant pis pour celui ou celle qui vit avec cette personne!)Je suppose qu'il peut s'agir de personnes à tendance homosexuelle, se conformant sans en avoir conscience,à ce qu'attend la société de la part d'un homme ou d'une femme: se marier, avoir des enfants.Puis leur "devoir" accompli,leur couple devient une relation amicale sans plus, à moins que le conjoint se rendant compte qu'il n'y a rien d'autre à espérer n'ait pris la fuite...

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  2. Bonsoir, désolée pour la réponse en retard, il n'y pas de réponse toute faite, ça dépends vraiment des personnes et de leur vécu propre. Dans mon post, il est évident que je n'ai pas balayé toutes les situations qui peuvent exister. Il s'agissait juste de présenter des œuvres intéressantes et plaisantes pour ouvrir le sujet.

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