samedi 27 juillet 2013

Ambrosia

Bonsoir, puisqu'en ces mois d'été beaucoup de journaux font leur marronnier sur la sexualité, je m'y atèle à mon tour. Ce qui a tendance à m'énerver c'est que prétendant présenter des femmes libérées, la plupart des médias - surtout la publicité mais pas uniquement - véhiculent toujours la même vision de la sexualité. Accréditant l'idée que les femmes aiment être dominées voire même violentées confondant l'amour et la sensualité avec des actes violents de possession, vision très conservatrice. Les femmes parce qu'elles portent les enfants sont associées dans l'imaginaire collectif archaïque à l'animalité et à toutes les puissances bienfaisantes ou destructrices de la nature. Elles sont inconsciemment perçues par les hommes comme bien plus puissantes qu'eux, dangereuses, susceptibles de les manipuler et, de fait, devant être contrôlées et mises à leur disposition.
Bon nombre de mythes en font foi, celui des sirènes par exemple qui se retrouve dans diverses civilisations. Ces femmes marines, parfois moitié-oiseau ou moitié-poisson, attirent les hommes par leur chant pour les dévorer ou les maintenir à jamais prisonniers de leurs demeures sous les flots. Elles sont parfois appelées morganes, "nées de la mer", dans les légendes celtiques. La bd les Contes du Korrigan qui regroupe plusieurs anciens récits bretons illustre très joliment ce thème. Pour obtenir la main d'une fille de haut lignage de son village, un jeune homme plonge au bord d'une falaise à la recherche d'un trésor enfoui. Manquant de se noyer, il est recueilli par une morgane qui dans la scène ci-dessous entreprend de le séduire en prenant l'apparence de la femme qu'il aime.
extrait du tome 1 des Contes du korrigan par Erwan et Ronan Le Breton, dessin Frédéric Peynet
Dans d'autres récits, les figures féminines sont à l'inverse représentées comme craintives et rétives aux avances masculines. Elles ont plutôt tendance à éviter les hommes qui doivent user de toutes les ruses pour parvenir à les garder près d'eux. On peut citer en exemple les selkies, créatures marines des légendes celtiques. Elles vivent la majeure partie de leur existence dans la mer, dissimulées sous la peau de phoques et ne font que de rares escales sur les terres pour se ravitailler ou se reproduire parfois avec des partenaires humains. Si l'amant d'une selkie désire l'empêcher de partir, il lui faut subtiliser sa peau de phoque et la maintenir cachée. Dans l'impossibilité de retourner à l'eau, la nymphe restera humaine et deviendra une épouse docile qui fuira néanmoins son mari si elle parvient un jour à retrouver sa peau.  
Les femmes mythiques sont également les alliées privilégiées des dieux et des esprits qui se jouent parfois d'elles comme elles se jouent des hommes, prenant diverses formes animales, végétales ou même météorologiques pour les posséder et leur faire des enfants - la Marie chrétienne est l'un des avatar de ces figures de maternités surnaturelles - et leur venant néanmoins en aide aux moments opportuns.
Dionysos, dieu grec de la vigne, l'ivresse et les arts demanda un jour l'hospitalité pour lui et son cortège au roi de Thrace, Lycurgue. Cruel et vaniteux, Lycurgue refusa et tenta même pour signifier au dieu son mépris de violer l'une de ses servantes nommée Ambrosia ou Ambroisie. Celle-ci se changea sur le champ en une vigne-vierge arborescente qui étrangla le malheureux roi, puni pour son manque d'hospitalité. L'ambroisie est aussi le nom de la nourriture des dieux qui confère l'immortalité et de nos jours d'une plante très allergène que l'on trouve en abondance dans la vallée du Rhône.
Mosaïque de Lycurgue, second siècle av. J.C Sainte-Colombe-les-Vienne
  Sur ce, je pars demain en vacances dans le sud de la France et en Allemagne, j'en rapporterai quelques histoires, récits inédits et de beaux souvenirs terrestres et aquatiques. 
Sirène par Gaston Hoffman (1886)
Le blog reprendra d'ici trois semaines, d'ici là bon vent et bon mois d'août, je vous quitte sur la douce voix de Nora Jones.

2 commentaires:

  1. La dite libération sexuelle n'a en réalité libéré que les hommes, mettant les femmes à leur disposition pour une sexualité qui satisfait uniquement les fantasmes et désirs masculins, cf la pornographie.
    Quant au mythe des sirènes, il est un exemple éclatant des délires et phobies masculines à propos des femmes. Les belles sirènes à la voix sublime et ensorcelante séduisent les marins par leur chant, dans la seule intention de les tuer et les dévorer ensuite. Et les pauvres marins, sous l'emprise des si séduisantes sirènes, sont piégés comme des agneaux sans défense par ces créatures maléfiques. Les femmes sont perçues par les hommes comme de dangereuses tentatrices, attirant de pauvres innocents qui ne peuvent leur résister, uniquement dans l'objectif de les mener au péché et à leur perte. Je me demande aussi si ce mythe n'est pas une métaphore de l'acte sexuel (vu par les hommes) : la sirène attire le marin dans ses filets pour le dévorer, telle une femme qui séduit un homme pour l'engloutir dans son corps (coït)...
    A propos des femmes mythiques qui fuient les hommes, on retrouve aussi les femmes-cygnes, dont la légende est très semblable à celle des femmes-phoques.

    RépondreSupprimer
  2. A propos de la femme sirène, cela me rappelle une vieille chanson dont j'ai oublié le titre, l'amoureux doit plonger trois fois dans la mer pour retrouver l'anneau de sa bien-aimée. La première fois qu'il plonge l'amant n'a rien trouvé, la 2ème fois qu'il plonge, l'anneau à faire l'aîné, la 3ème fois qu'il plonge, le galant s'est noyé.

    RépondreSupprimer