dimanche 7 octobre 2012

Facettes du nu

Bonjour, depuis quelques temps un groupe d'activistes ukrainiennes, les Femen, s'est installé à Paris. Elles se présentent comme féministes, contre la prostitution et toute autre forme de violences faites aux femmes. Elles mènent leurs actions seins nus, des slogans peints sur leurs poitrines. Ce type de manifestation pose un certain nombre de questions notamment celle-ci : la nudité est-elle vraiment un moyen efficace de faire entendre les revendications féminines ?
C'est d'abord un phénomène culturel. Pendant mon séjour à Freiburg, j'allais régulièrement à un étang situé non loin de mon logement, ce n'est pas du tout comme aller à la plage en France. On peut se changer et déambuler en maillot tranquille, pas de regard ou de réflexion, indifférence totale au petit groupe de naturistes occupant l'une des berges. Une amie allemande avec qui j'en discutais m'a affirmé qu'à l'est du pays la nudité était par tradition encore plus répandue.
Pour en revenir à la nudité féminine comme arme politique, elle a effectivement fait ses preuves tout au long de l'histoire.
Dans les années 60-70, un certain nombre de militantes posèrent nues pour affirmer leur liberté de femmes et d'individus révoltés contre les normes d'une société oppressive. Ci-dessus la top-model allemande Uschi Obermaier - aujourd'hui créatrice de bijoux âgée de soixante-six ans - fit partie d'une communauté berlinoise protestataire - Kommune 1 - qui entre autre brûla plusieurs centres commerciaux.
Plus loin dans le temps, vers l'an 1000, Leofric, seigneur de la ville de Coventry, accablait tant son peuple d'impôts, dans le but de financer ses campagnes militaires, que son épouse, Lady Godiva, l'abjurait sans cesse de se montrer plus modéré. Il lui rétorqua de guerre lasse qu'il réduirait les taxes le jour où elle oserait traverser la ville nue sur un cheval. Elle s'executa et il ne put que tenir sa promesse.  
Lady Godiva par John Collier
Beaucoup plus longtemps auparavant dans l'antiquité courrait le bruit de l'existence d'un peuple de femmes guerrières, les Amazones. Celles-ci étaient censées vivre séparées des hommes, ne les fréquentant qu'en vue de se reproduire. On affirmait également qu'elles se coupaient un sein pour mieux tirer à l'arc. Ce mythe fut inspiré par les Sarmates, peuple de nomades scythes ayant vécu environ de huit siècles av. à deux siècles ap. J.C. Comme au sein de la plupart des tribus indo-européennes, les femmes y jouissaient d'une liberté bien plus importante que dans le monde grec. Elles se livraient comme leurs pairs masculins aux activités politiques et guerrières, combattant seins dénudés.   
Extrait de la bd Reconquêtes par François Miville-Deschenes
Mais cette nudité était moins une manière de revendiquer sa liberté que la volonté d'affirmer sa puissance au combat. Se montrer à moitié ou complétement nu était relativement courant selon les circonstances dans l'antiquité, en revanche se battre nu était une tactique pour désarçonner l'adversaire, lui montrer que l'on méprisait ses armes et la mort.
Pour en revenir à nos jours, en occident, la plupart des luttes contestatrices de 68 se sont malheureusement dissoutes dans la drogue ou ont été récupérées par le capitalisme. La nudité féminine n'est plus synonyme d'émancipation mais placardée depuis quarante ans sur n'importe quel produit de consommation. Bref, c'est un peu dangereux de combattre la réification des femmes en offrant une représentation de soi susceptible d'être elle aussi enfermée dans un rôle d'objet sexuel vendeur. Il faudrait peut-être leur proposer de manifester vêtues d'armures, mais il n'y a sans doute que les filles adeptes de jeux de rôle que ça intéresserait ^^  
Dans quelques semaines, je posterais une série de photographies de femmes lectrices dans l'intimité que vous trouverez j'espère, ni austères ni racoleuses, en attendant à bientôt pour de nouveaux posts !

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